Description
LE MOT DU MAIRE
CONTEXTE
LE PROJET
Consciente de l’importance du devoir de mémoire et de la valeur historique, locale, nationale et internationale, que représente l’œuvre The Big Cheese, la commune de Houdan s’engage dans un projet ambitieux de restauration visant à lui redonner toute sa lisibilité.
Témoin d’une histoire individuelle profondément liée à l’histoire collective, ce tableau constitue un élément précieux du patrimoine communal et un support essentiel de transmission auprès du public. Sa restauration prend une résonance particulière dans un contexte marqué par la montée des intolérances et la recrudescence de l’antisémitisme, rappelant la nécessité de préserver et de rendre visibles les témoignages artistiques porteurs de mémoire.
Le projet va au-delà de la simple restauration : l’œuvre sera également protégée, afin d’assurer sa conservation sur le long terme, et un dispositif innovant permettra à chaque visiteur d’accéder, via son smartphone, à une lecture décryptée pour comprendre tous les symboles et messages qu’elle contient.
Cette initiative rendra The Big Cheese accessible gratuitement à tous, habitants de Houdan comme visiteurs extérieurs, et affirme la volonté de la commune de remettre l’œuvre au cœur de la vie culturelle locale. Elle pourra ainsi jouer pleinement son rôle de témoignage, permettant à chacun de découvrir un pan important de l’histoire de la ville et de la mémoire collective.
L'OEUVRE
The Big Cheese.
Tableau monumental de 3m10 de long sur 1m26 de haut, « The Big Cheese » n’est pas le plus grand format produit par l’artiste. C’est une technique mixte sur toile recouverte de gesso, avec peintures en bombes et acrylique, dessins et pochoirs.
Le bateau représenté est inspiré de l’image du bateau représenté sur le couvercle en bois de brie à l’exportation aux USA. Le paquebot représenté dessus évoquait pour Philip le bateau Île-de-France,qu’il avait pris pour émigrer aux États Unis. D’où le nom de l’œuvre « The Big Cheese » « le gros fromage ».
Ce tableau constitue en quelque sorte l’introduction de l’œuvre de Philip Orenstein dans le style singulier qui deviendra sa signature artistique, où se mêlent intimement son histoire personnelle et sa création. Il en marque les prémices : une manière nouvelle pour l’artiste de s’exprimer, comme si la toile devenait un mur vivant, porteur de strates de graffitis accumulées au fil des années, des existences et des courants de pensée, support où s’affirme toujours une liberté d’expression essentielle, qui s’épanouit malgré les contextes politiques contraignants qui l’entourent parfois.
Philip dit lui-même de son travail :
« Mon art parle de « mémoire », de ma mémoire. J’utilise le mur comme toile pour la mémoire. Les murs sont des témoins silencieux de l’histoire. Certains murs de Houdan ont vu des siècles d’histoire, et ils sont toujours là pour en témoigner. Les souvenirs sont complexes, vous avez des expériences, des souvenirs agréables et désagréables, des odeurs, des livres, des films, des souvenirs importants et sans importance, etc. Les graffitis sur les murs sont pour moi une métaphore de la mémoire parce que les souvenirs ne sont pas organisés de manière ordonnée comme une bibliothèque. C’est un arrangement chaotique comme un mur fortement tagué. Je pense aussi que la mémoire est le présent regardant le passé. J’inclus des marques de graffiti que j’ai trouvées en me promenant à Paris ou à New York, à l’époque où je travaillais sur le tableau. Je ne sais pas toujours ce qu’ils veulent dire, ils font partie de ma mémoire récente et aussi de la mémoire des murs sur lesquels ils ont été écrits. Quand je travaille sur un tableau, je ne sais pas toujours ce que je fais. Beaucoup de choses se font intuitivement. Parfois, le tableau me dit ce que je dois faire ensuite. Mais, au final, il dit ce que je veux dire. »
« The big Cheese » a été fait entre 1992 et 1994 à Rutgers, New Jersey, USA et offert par l’artiste en main propre à la Ville de Houdan en 1994.
Note complémentaire (1) : Au début des années 1990, Philip a également réalisé un triptyque en lithographie sur ce même bateau et son histoire, et qui porte le même nom, pour les mêmes raisons, aujourd’hui conservé dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York.
Note complémentaire (2) : Le tableau comporte 54 symboles qui sont tous des références particulières :
- au nazisme, à la guerre et à la Shoah, à l’intolérance et à la liberté
- à Houdan et aux Etats Unis
- à l’histoire personnelle et familiale de l’artiste
L'ARTISTE
Né à Paris en 1938, Philip Orenstein est né dans une famille juive pendant la guerre, et sa mère l’a caché à Houdan avec son frère aîné durant l’Occupation. Les enfants sont restés à Houdan jusqu’en 1949, le temps que la famille se recompose (père prisonnier) et obtienne des papiers officiels d’identité.
Le peintre est un artiste assez particulier — à la fois peintre, designer et enseignant — avec une histoire personnelle très forte liée à la France (et Houdan) ainsi qu’à la Seconde Guerre mondiale. C’est un artiste visuel franco-américain.
Son parcours personnel — exil, mémoire, identité — est au cœur de son travail artistique. Philip Orenstein est un artiste de mémoire, à la croisée de l’art contemporain américain et de l’histoire européenne du XXᵉ siècle. Ses œuvres abordent notamment : la persécution des Juifs en France, la responsabilité historique pendant la guerre, l’exil et la mémoire collective.
P. Orenstein travaille dans plusieurs domaines : peinture, lithographie, sculpture, design expérimental (notamment sculptures gonflables dans les années 1960). Son art mélange souvent histoire personnelle, mémoire de la Shoah, politique et histoire européenne, avec une esthétique proche du graffiti et du collage, de pochoirs.
Il cherche volontairement à forcer le spectateur à regarder l’histoire en face, parfois avec des symboles à décrypter.
LE FINANCEMENT
Guidée et conseillée par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), la commune a recherché tous les soutiens financiers possibles. Malgré l’absence de subventions mobilisables dans un contexte économique contraint, la ville a choisi de poursuivre cet engagement patrimonial.
Le montant total de la restauration s’élève à 35 000€.
Afin de la mener dans les meilleures conditions, la Ville fait appel à la générosité des habitants et entreprises locales.
Chaque contribution, quelle qu’en soit l’importance, participe directement à la sauvegarde et à la transmission de ce patrimoine aux générations futures.
Nous vous remercions sincèrement pour votre soutien.